Il y a des mets qui, quand vous arrivez dans un pays (Non, Paris ça compte pas même si les gens là-bas sont différents), vous marquent du fer rouge de leur omnipotence.
Vous souvenez-vous, lorsque vous avez subtilement glissé du bout de vos doigts fébriles (*) un sushi, entre vos lèvres tremblantes de désir et
d'excitation ? Ce goût si subtil, qui s'est délicatement déposé sur vos papilles frémissantes ?
(Pour certains, je dois compléter ça par un « Et ce rejet fantastique de part ces mêmes lèvres tremblantes.»)
J'ai fait subir à mon ventre un outrage pour lequel j'aurais du être foudroyé sur place, j'ai, goû-té, à :
LA POUTINE.
NON ! Avant même que ça vienne à votre esprit, pas UN jeu de mot avec l'URSS tout ça.
La poutine est oeuvre d'art et chaise à la fois.
La poutine, Nietzsche avait commencé à se pencher dessus et c'est pour ça qu'il a passé la fin de sa vie dans une folie obscure.
La poutine c'est comme hurler « BLANCHE NEIGE C'EST UNE P*TE ! » à Disneyland.
Avec les poings sur les hanches.
A la face amidonnée du Mickey bedonnant qui sourit, parce qu'un jour on a décidé qu'une souris (Jeu de mot totalement involontaire, mon audience
saura bien me pardonner) pouvait être l'icône de tout un univers niais. **
La poutine c'est comme glisser dans une conversation : "Le Kebab est une des sept merveilles du monde" à un vernissage sur un
peintre-sculpteur-graphiste d'une nation qui n'existe qu'à peine et qui peint avec ses dents.
La Poutine c'est crier dans l'église que Dieu n'est que la deuxième pire invention de l'homme après les ouvertures faciles sur les emballages de
jambon qui n'ont jamais été plus difficile que depuis le moment où ces mots furent inscrits.
La poutine fut crée pour que l'Homme puisse se rappeler à chaque frite transpirant de tout son coeur l'huile « santé » sur un fromage
non consentant, qu'il ; l'Homme ; THE MAN ; a besoin d'alourdir sa panse plusieurs fois par jour.
La Poutine c'est serrer de sa main droite La Mort en la regardant fixement de ses yeux plissés de condamné qui attend la sentence avec rage. Et
lui cracher à la figure que peut-être elle va prendre son âme, mais au moins il ne cache pas son visage, lui.
La Mort est une femmelette.
La poutine, elle t'attrape les narines, pendant que tu es occupé à imaginer ce à quoi elle va ressembler. Elle te les tord, te regarde droit
dans le foie avec un sourire malin. « La traitresse », murmures-tu entre tes machoires serrées.
La serveuse complice, arrive par derrière pour t'amener « le plat ». Comme ça tu n'as que l'odeur avant d'avoir le goût ! « La
Traitresse », répètes-tu, les yeux à demi-clos.
Tous les québécois (et ces enflures de français déjà au courant) te regardent, les yeux pétillants.
Toute la salle en fait, n'a d'yeux que pour ta gamelle bouillante d'envie d'en découdre avec ton estomac. La salle s'enfume tout à coup.
Si tu étais agent secret, tu les verrais sous les tables en train de faire des paris, se donnant des coups de coude, leurs gros cigares et leurs
ventres ronds d'une suffisance mal-placée.
Si tu avais la même ouïe qu'un chien, tu entendrais leurs ricanements malodorants en ultrason.
Puis, derrière tes lunettes, ça s'agite, ça se bouscule, la machine se met en branle. Il faut vite transmettre l'information :
« Putain Johnny Boy, le cerveau, là ! Ca va saucer tellement sévère que j'ai peur que le gamin y laisse des plumes ! Prépare les lymphocites, ça va être l'enfer
là-dedans ! »
Et tu vois. T'aurais tout fait pourtant, pour pas voir. Mais non. La vie s'acharne parfois.
Des larmes d'incompréhension courent le long de ta barbe, comme si le salut était au sol.
Un ralenti s'impose naturellement dans tes gestes.
Ton coeur s'arrête, tes narines se ferment, tous tes muscles se raidissent. Tout se précipite d'un coup. Putain, si j'avais eu un gamin il se
serait certainement pas appelé Léo. Yann, jte jure qu'on se le prendra ce verre, même si ça doit être en enfer.
Sauron, c'est un méchant pour les fifilles, Massacre à la tronçonneuse ça fait peur aux enfants en bas-âge.
Toi, t'as la Poutine.
Sans que tu t'en aperçoives, t'as pris un peu de la mixture chaude et visqueuse qui gît devant toi.
Ta bouche, comme ensorcelée, se débat en silence. Et tu mâches. Ou plutôt les frites s'accrochent à tes dents pour les faire se refermer sur
elles dans un "squick squick" qui fait tout pour ressembler à un rire d'une souris totalement délirante et mono-maniaque.
Tes pieds se dérobent sous toi, même tes fesses ne semblent pas remplir leur rôle.
Tu tombes, tout assis, alors que t'es déjà assis !
Tu traverses le temps, l'espace. Tu es assis à la droite du Malin et à la gauche de David Hasselhoff. Bush te tend un cheeseburger sur la
terrasse d'un Starbucks en te chuchotant : « See you, Space Cow-boy. ». Et l'instant d'après tu fais de la plongée sous marine avec le Roi Lion dans le Grand Canyon.
Quand finalement tes yeux se rouvrent... Tu n'es plus que l'ombre de toi-même.
Putain, ça y est, t'es un peu québécois.
* : Oui, oui genre, il y en aura forcément un qui a réussi du premier coup à manger avec des baguettes... connard.
** : Qui m'a quand même fait chialer, j'avais 7 ans. Mais, tain, pourquoi le génie part à la fin d'Aladdin...
Chère famille qui lit ce blog, j'espère que le ton légèrement osé de la missive n'aura nullement choqué vos yeux et que vous accepterez d'avoir de mes nouvelles
de la sorte même si parfois, je m'emporte quelque peu sur les mots ! Chers amis, je sais déjà que le ton ne vous choquera point, après tout, vous jurez sûrement plus que moi. Nah.