C'est une petite racine. Enfin, on pourrait croire, tout comme une salopette est... un vêtement sans manche un
peu ringard.
Ici la racinette, c'est une sorte de soda avec du sassafras (qui ne connait pas ça ?).
En ce mercredi, pour que les québecois stressés puissent imaginer être en Espagne, le ciel s'était vêtu d'un de ses plus hauts habits bleu clair. Ainsi, on peut dire qu'il faisait beau et chaud. Un
gamin dans le métro buvait, tranquillement assis, sa racinette visiblement fraîche entre les genoux et l'ipod entre ses doigts fins devait jouer une musique insipide destinée aux moins de 15 ans.
Pauvre créature frêle et peut-être innocente... (Pourquoi peut-être ? Parce que sont précoces quand même de nos jours ces petits cons.)
Le métro est, et a toujours été, une cruelle compétition d'ingéniosité.
Seuls les plus forts peuvent trôner, leur auguste fessier avachi sur les royales chaises de plastique, souriant béatement à la foule de serfs avides de pouvoirs. Ou bien les ignorant tout aussi
majestueusement en lisant un livre, chouette, ça peut même faire paraître intelligent.
Bien sûr, comme toute compétition, il y a des règles.
Certains serfs ont des passe-droit qui leur permettent de détrôner les chefs d'états temporaire du plus merveilleux des sièges en plastique. On parle bien sûr de ceux qui sont et seront toujours
les opprimés de notre temps (Jusqu'à ce qu'on trouve la formule magique pour que les vieux puissent projeter leur dentier) : les femmes enceintes et les personnes âgées.
Le voilà donc, totalement absorbé par sa musique (dois-je réellement répéter qu'elle était pourrie ?), ce gamin, qui ne se prêtait pas au jeu du "C'est moi le roi pour quelques arrêts de
métro".
Aimant les jeux, je gagnais aisément ma place par un coup de bluff des yeux : "Je sors à cette station, pardon" pour finalement lui faire une quinte flush "Je pique ta place parce que t'es descendu
pour me laisser passer" (Je suis assez fier de cette technique apprise à Paris). Et je pu de la sorte être aux premières loges de la petite saynète que je m'apprête à vous compter.
Station Berri Uqam. Tellement fréquentée que certains québecois pourraient légèrement oublier la bienséance légendaire dont ils sont affublés pendant que mes compatriotes se massacreraient
certainement à coups de hache et de baguettes congelées pas magiques du tout.
Une dame, la cinquantaine, les cheveux totalement blancs grâce à une teinture très efficace, avait trouvé place à nos côtés. Un vieux monsieur asiatique, se tenait debout tout près de nous, les
yeux à demi-clos. Je lisais Maupassant sagement et soudain ! La dame commence à dire :
- "Excuse-moi, tu pourrais laisser ta place au Monsieur qui semble fatigué ?"
Ni une, ni deux, le chevalier servant que je suis s'apprête à bondir hors de son siège princier pour secourir la veuve et l'orphelin.. Et en fait en levant les yeux, elle le demandait au gamin.
Docile, il se lève avec un sourire et la dame tapote sur le bras un peu flasque de l'asiatique endormi.
Et il est où l'esprit rebelle de la jeunesse ? Pourquoi il lui a pas dit non avec des yeux de tueurs ? Pf. Québecois Bisounours.
D'ailleurs j'ai appris qu'une bisoune ici c'est une quéquette.
Je comprends pourquoi ils les appellent les Calinours du coup.
:
C'est l'histoire d'un type, il est à Montréal, tu vois ? Et puis bah là, plutôt que de donner des nouvelles que de temps à autres, il fait un blog, tu vois ? Et puis sa famille et ses amis peuvent le voir et savoir qu'il est en vie... Et ils peuvent aussi lui donner des nouvelles, tu vois ?